samedi 14 mars 2009

HOMELIE SUR L'ANNONCIATION DE LA MERE DE DIEU


Texte rédigé par Saint Dimitri de Rostov,
d’après les Saintes Ecritures, les écrits des Pères,
et d’autres récits authentiques.

Lorsque le temps fut accompli, la libération de l’humanité qui devait être réalisée par l’Incarnation de Dieu, s’approcha. Il fallait trouver une Vierge pure, sainte, et immaculée, qui fût digne de servir le Mystère de notre Salut, en cachant dans son sein l’Incarnation de l’Incorporel. Et voici qu’une telle Vierge fut trouvée !
Plus pure que toute pureté, plus sainte que toute sainteté, c’était la plus immaculée de toutes les créatures douées d’intelligence : la Toute-Bénie et Toute-Pure Vierge Marie, le Rameau d’une racine infructueuse, l’Enfant des saints et justes ancêtres de Dieu Joachim et Anne, le Fruit de la prière et du jeûne !
Fille de roi et de sacrificateur, Celle qui allait devenir le Temple vivant de Dieu fut trouvée dans un lieu saint, le temple de Salomon. Celle qui allait engendrer le Verbe plus Saint que tous les saints demeurait dans le secret du temple, dans un lieu dénommé le Saint des Saints. C’est là que le Seigneur, depuis les cimes de gloire de Son Royaume, jeta les yeux sur l’humilité de Sa Servante. C’est là qu’Il élut Celle qu’Il avait déjà choisie avant toutes les générations pour être la Mère de Son Verbe Eternel. Bien avant l’Annonciation, Il lui révéla mystérieusement cette Incarnation par l’intermédiaire de l’Archange, comme nous l’apprennent les récits dignes de foi des Pères.
La Vierge Toute-Pure vécut au temple jusqu’à l’âge de douze ans, s’adonnant à la prière incessante, au travail manuel, et à la lecture des livres sacrés, dans lesquels elle s’instruisait jour et nuit dans la Loi du Seigneur. Saint Epiphane et Saint Ambroise rapportent qu’Elle avait l’esprit très vif. Elle aimait l’étude et lisait avec grande application l’Ecriture Sainte. L’historien de l’Eglise Georges Kedrine précise qu’Elle étudiait déjà en profondeur les livres des juifs du vivant de ses parents.
Relisant fréquemment la prophétie d’Isaïe (7-14), Voici que la Vierge sera enceinte et enfantera un Fils auquel Elle donnera le Nom d’Emmanuel (ce qui signifie « Dieu est avec nous »), elle s’enflammait d’un amour zélé pour ce Messie attendu, mais aussi pour cette « Vierge » qui allait Le concevoir et L’enfanter. Elle méditait sur la grandeur d’une telle dignité : être la Mère de l’Emmanuel, du Fils de Dieu ! Une Vierge-Mère ! Quel mystère ineffable ! Elle avait compris à la lecture des prophéties que la venue du Messie était proche, puisque le sceptre avait été repris à Judas (Gen.49, 10), et que les semaines de Daniel étaient écoulées (Dan.9). Elle sentait que la Vierge sur laquelle Isaïe prophétisait était déjà là, et son coeur poussait de grands soupirs : si seulement Dieu pouvait la rendre digne de voir cette Vierge, et, peut-être même, d’être la dernière de ses servantes...
Il advint qu’une nuit, derrière le second voile du temple, alors qu’Elle se tenait dans une prière ardente pour le traditionnel office de minuit, une grande lumière descendit des hauteurs pour l’inonder de sa présence. Et voici qu’une voix jaillit du milieu de cette lumière : « Tu engendreras Mon Fils ! »
Comment exprimer la joie qui s’empara de la Vierge Toute-Pure ! Quelle ne fut pas sa gratitude envers Dieu son Créateur ! Elle se prosterna jusqu’à terre devant Lui ! Ainsi, le Seigneur avait jeté les yeux sur l’humilité de Sa Servante... Celle qui, par amour pour Dieu, voulait servir la Toute-Pure Mère du Messie, fut jugée digne de devenir cette Mère, et la Souveraine de toute la création !
Ce Mystère lui fut révélé à la fin de son séjour au temple, quelques mois avant ses fiançailles. Elle le garda secret jusqu’à l’Ascension du Christ. Désormais informée que la conception ineffable aurait lieu dans ses entrailles de vierge, elle attendait le moment de sa réalisation.
Sa vie au temple de Salomon touchant à son terme, les sacrificateurs et les prêtres lui ordonnèrent, ainsi qu’à toutes les vierges de son âge, de bien vouloir quitter le lieu saint pour trouver un époux, selon la coutume. Elle objecta que dès sa naissance, ses parents l’avaient consacrée à Dieu seul, et qu’Elle avait offert sa virginité au Seigneur pour toujours. En conséquence, il lui était impossible de s’unir à un homme mortel. Rien ne pourrait contraindre au mariage la Vierge du Dieu Immortel.
Les prêtres furent surpris de la nouveauté d’un tel discours : jamais encore aucune jeune fille n’avait promis d’offrir sa virginité à Dieu pour toujours ! Celle-ci était la première au monde à agir ainsi. Perplexes, les sacrificateurs se consultèrent sur la décision à prendre en pareil cas : d’un côté, ils ne pouvaient pas l’autoriser à demeurer dans le temple du Seigneur et pénétrer derrière le voile intérieur, de l’autre, ils ne voyaient pas comment fiancer une vierge consacrée à Dieu. Comment organiser sa vie de façon agréable à Dieu sans lui donner de mari ? C’était un grand péché que de contraindre au mariage celle qui avait promis à Dieu sa virginité éternelle, et c’était un péché tout aussi grand que de garder dans le Saint des Saints une jeune fille ayant atteint l’âge nubile...
Saint Grégoire de Nysse remarque que « tant que l’enfant était petite, les prêtres la gardaient dans le temple à l’instar de Samuel. Mais quand elle eut atteint l’âge critique, ils durent se consulter sur la conduite à tenir pour ne pas irriter Dieu en quoi que ce soit ».
Saint Nicéphore Calliste, le grand historien de l’Eglise, fait la même constatation : « Lorsque la Vierge eut grandit, les prêtres tinrent conseil pour décider de ce qu’il convenait de faire avec Elle, sans profaner son corps sacré. Ils avaient conscience d’accomplir un sacrilège en unissant à un homme par la loi du mariage Celle qui s’était offerte à Dieu une fois pour toutes. Mais la Loi n’autorisait pas une vierge de cet âge à demeurer dans le Saint des Saints... »
Saint Jérôme raconte qu’en conséquence, « ils s’approchèrent de l’Arche d’Alliance (Plutôt le lieu où fut déposée l’Arche de l’alliance avant sa disparition, c.à.d. dans le Saint des Saints ; or cette Arche sera bientôt remplacée par le corps très pur de la Toute Sainte Mère de Dieu), prièrent avec zèle, et le Seigneur répondit : « Recherchez un homme honorable à qui la Vierge pourra être confiée après le rite du mariage, afin que sous le couvert de l’institution, il soit le gardien de son incorruptible virginité ! Quant à savoir où trouver un tel homme, la volonté du Seigneur fut la suivante : qu’on choisisse dans la maison de David des hommes célibataires de sa lignée, qu’ils déposent leur bâton à l’autel, et qu’on attende qu’un des bâtons fleurisse! » On verrait ainsi clairement à qui confier la Vierge... Ces événements eurent lieu pendant la fête de la dédicace du temple, solennité instaurée par les Maccabées, qui couvrait la période du 25 novembre au 3 décembre. Une multitude de gens affluait au temple en ces jours-là depuis les villes environnantes, et parmi eux, des hommes de la famille de David, parents de la Vierge Marie ».
Le grand sacrificateur Zacharie, père du Précurseur, rassembla (comme le rapporte Georges Kedrine) douze hommes célibataires de la lignée de David, dont le juste Joseph déjà âgé. Il prit leurs bâtons, les déposa à l’autel pour la nuit, et pria ainsi : « Manifeste, Seigneur, l’homme digne auquel il convient de fiancer cette jeune Vierge ! » Au matin, les sacrificateurs entrèrent dans le temple en compagnie des douze hommes et constatèrent que le bâton de Joseph avait fleuri. Selon Saint Jérôme, une colombe se posa même sur le bâton. Dans Sa bienveillance, Dieu voulait donc que la Vierge fût confiée à Joseph.
Certains auteurs rapportent que la Toute-Pure refusa ces fiançailles afin qu’aucune offense ne fût faite à sa virginité. Comme elle s’attristait beaucoup, Dieu lui donna, dans une révélation particulière, l’assurance qu’il convenait bien qu’elle acceptât d’aller vers Joseph, son parent et fiancé. Cet homme, en vérité juste, pieux, et saint, allait être le protecteur et le gardien de sa virginité, sans qu’il fût question d’union charnelle.
Après les fiançailles, Elle quitta le temple, le sacrificateur Zacharie et les autres prêtres. C’est ainsi que Saint Joseph conduisit la Vierge Toute-Pure vers une cohabitation pure et sans tâche, qui n’allait en aucune façon flétrir la fleur de sa virginité. En apparence, il fut un mari, mais dans la réalité, il était le serviteur et chaste gardien d’une vie virginale et pleinement sainte.
Dans la maison de Joseph, la Vierge Toute-Pure ne modifia en rien le genre de vie qui était le sien dans le Saint des Saints. Elle continua à se consacrer à la prière, à la méditation, à la lecture des livres divins, et à un travail manuel approprié. La demeure de Joseph devint pour Elle un nouveau temple de prière qu’elle ne quittait jamais, y vivant dans le jeûne et le silence. Elle ne parlait à personne, si ce n’est aux filles de son fiancé.
Georges Kédrine décrit Marie jeûnant dans la maison de son mari, aux côtés des deux filles de Joseph, auxquelles Elle adressait la parole quand l’occasion l’imposait, et toujours brièvement. Selon le témoignage de Saint Evode, Elle attendit ainsi quatre mois avant que ne sonne l’heure désirée depuis des siècles, l’heure attendue par le monde entier, le début de notre Salut, l’Incarnation de Dieu le Verbe.
Pour cette occasion unique, Dieu dépêcha l’un des esprits qui se tiennent le plus près de Son trône, l’Archange Gabriel, afin qu’il servît le Mystère caché de toute éternité, que les anges mêmes ignoraient. A l’Archange Gabriel fut confiée la mission d’annoncer à la Vierge Toute-Pure l’étonnante conception du Fils de Dieu, Mystère qui surpasse la nature humaine et toute intelligence. Au sixième mois, l’Ange Gabriel fut envoyé par Dieu (Luc1,26). Six mois après la conception de Saint Jean le Précurseur, l’Ange, qui avait annoncé à Zacharie la bonne nouvelle de la naissance de Jean, fut envoyé à la Vierge Toute-Pure pour lui annoncer une autre bonne nouvelle : la conception du Christ. Six mois qui s’écoulèrent afin que le Précurseur pût tressaillir d’allégresse dans le sein de sa mère en entendant arriver la Mère de son Seigneur.
L’ange fut envoyé dans une ville de Galilée appelée Nazareth (Luc 1,26). A cette époque, les habitants de la Galilée était païens, à l’exception de quelques rares israélites. C’est pourquoi les Ecritures ont surnommé la Galilée le pays des gentils. Les israélites méprisaient ce pays, et le considéraient comme le dernier de tous, car son peuple était impie et parlait une autre langue. « Est-ce de la Galilée que le Christ doit venir ? » « Examine et tu verras que de la Galilée il ne sort point de prophète ! » (Jn.7,41&52) D’autre part, Nazareth ne faisait même pas partie des villes de Galilée de quelque importance : « Peut-il sortir de Nazareth quelque chose de bon ? » (Jn.1,47)
Et pourtant, voyez la volonté de Dieu ! Où voulut-Il se trouver une Mère Toute-Pure ? En Judée ? Dans l’illustre ville de Jérusalem ? Non ! Dans la Galilée pécheresse, dans la petite bourgade de Nazareth ! Car Dieu est venu sur terre non pour appeler les justes, mais les pécheurs (Mc.2,17), et pour se réserver une Eglise fidèle au sein des infidèles. Manifestement, Dieu jette Son regard miséricordieux sur les humbles, les rejetés, les humiliés, et non sur les orgueilleux et les glorieux.
Quand Dieu décida d’incliner les cieux pour descendre vers les pécheurs, Il scruta du sommet de Sa gloire les endroits où se tenaient ces derniers. Il observa que les habitants de Jérusalem et de la Judée se croyaient justes et se justifiaient devant les hommes, alors que les galiléens, que tous méprisaient, se considéraient comme les pires des pécheurs. C’est pourquoi Il se détourna de cette Judée faussement sainte pour se rendre dans cette Galilée faussement pécheresse. Il dépassa la grande, l’honorable, la glorieuse Jérusalem, et poursuivit Son chemin jusqu’à Nazareth, la petite, l’inconnue. Il S’y choisit la dernière place et S’humilia, prenant l’aspect d’un serviteur et d’un pécheur.
Nazareth était petite, mais de quelle grande grâce ne fut-elle pas jugée digne : (grâce dont furent indignes les villes d’Israël qui s’élevaient jusqu’aux cieux) celle d’abriter la Vierge plus élevée que les Saints Anges, dont le sein est plus vaste que les cieux ! C’est là que Gabriel fut envoyé, c’est là que le Saint Esprit couvrit la Vierge de Son ombre, c’est là que le Dieu-Verbe s’incarna ! Là où se trouve l’humilité, là resplendit la gloire de Dieu. Les villes orgueilleuses sont hostiles au Christ, mais les humbles Lui sont agréables. La petite Nazareth conçut le Christ, mais la fière Jérusalem Le crucifia. La petite Bethléem L’enfanta, et l’imposante Jérusalem chercha Sa mort. Dieu séjourne chez les humbles et s’éloigne des orgueilleux. Il envoya Son ange à Nazareth la méprisée, la misérable, pour y rencontrer l’humble Vierge.
Citons Saint André de Crète : « C’est à l’un des anges les plus éminents que Dieu ordonna d’annoncer le Mystère. Il lui déclara majestueusement :
- Ecoute, Gabriel ! Rends-toi à Nazareth, en Galilée ! Là-bas réside une jeune Vierge dénommée Marie. C’est la fiancée d’un homme du nom de Joseph. Va ! Pars pour Nazareth !
- Qu’y ferai-je ?
- Le Tout-Puissant veut y cueillir la beauté de la virginité, agréable entre toutes, la rose parfumée du pays des épines ! Va à Nazareth, et accomplis la prophétie qui dit : Il sera appelé Nazaréen !
- Qui donc ?
- Celui que Nathanël nommera par la suite Fils de Dieu et Roi d’Israël !
Et voici Gabriel, le serviteur des divins Mystères, de nouveau en mission ! C’était pour lui une longue habitude, comme l’a clairement montré le prophète Daniel.
- Pars pour Nazareth en Galilée, et en arrivant là-bas, offre tout de suite à la Vierge la joie de l’Annonciation, cette joie qu’Eve a perdue jadis ! Sois attentif à ne pas la troubler ! Que ton arrivée soit un signe de joie, non de tristesse ! Offre-lui la consolation d’un compliment, non le trouble !
Quelle plus grande joie pour le genre humain que de voir sa nature n’en faire plus qu’une avec Celle de Dieu, par l’union des deux en une seule Personne ? Quoi de plus étonnant que de voir Dieu s’humilier au point d’être porté dans le sein d’une femme ? Ô ! Quelle stupeur pour chacun ! Dieu, qui a le ciel pour trône et la terre pour marchepied, que les cieux ne peuvent contenir, qui partage seul avec Son Père le trône d’éternité, contenu dans le sein d’une Vierge ! Rien ne peut susciter davantage l’étonnement que de voir Dieu devenir homme, sans se séparer de Sa divinité ! La nature humaine s’unit à son Créateur et Dieu devient homme parfait !
Après avoir entendu cela, après avoir reçu de Dieu ce commandement qui dépassait ses forces, après avoir éprouvé tour à tour perplexité, joie, et crainte, Gabriel se crut incapable d’une telle mission. Pourtant, il ne sut pas désobéir à Celui qui ordonnait. Aussi s’envola-t-il vers la Vierge. Parvenant à Nazareth, il s’arrêta près de la maison et, perplexe, s’interrogea :
- Comment entreprendre ce que Dieu m’a ordonné ? Entrerai-je promptement ? Je troublerai les pensées de la Vierge ! Irai-je plus lentement ? Elle percevra ma présence et voudra se cacher ! Frapperai-je à la porte ? A quoi bon : ce n’est pas le propre des anges que rien ne peut empêcher d’entrer ! Ouvrirai-je la porte ? Mais il m’est facile d’entrer même si la porte est fermée ! Appellerai-je la Vierge par son nom ? Je lui ferai peur... J’agirai donc selon la volonté de Celui qui m’a envoyé, en douceur !
Par quels mots commencerai-je mon discours ? Lui annoncerai-je la bonne nouvelle dès le début ? Lui dirai-je que le Seigneur, l’Esprit Saint viendra sur elle ? Que la puissance du Très-Haut la couvrira de Son ombre ? Non ! D’abord je lui dirai la joie. Et seulement ensuite je lui dévoilerai le merveilleux Mystère.
M’approchant, je la saluerai, et je chanterai ces paroles : réjouis-toi, sois dans l’allégresse, reçois la consolation ! Voilà le début qui convient à une telle audace ! Cette salutation joyeuse et ces paroles seront pour moi un bon moyen de m’approcher et de m’entretenir avec Elle sans l’effrayer, en apaisant ses pensées ! C’est donc ainsi que je vais commencer : d’abord, la nouvelle de la joie, de l’allégresse ! C’est ainsi qu’il convient de saluer une reine ! Toute cette affaire est joyeuse, c’est un temps de réjouissance, le règne de la paix, le conseil du salut, les prémices de la consolation.
C’est ainsi que l’ange pensait... »
Voyez avec quelle révérence l’archange s’approche de la Vierge divine, avec quelle crainte et quel respect il entreprend d’aborder la Souveraine du monde entier ! Voyez comme il s’exerce à lui dire les paroles de joie ! Mais il y a encore bien d’autres sujets d’émerveillement : remarquons qu’il ne l’a pas trouvée en dehors de sa maison ou de sa chambre, sur une place de la ville, au milieu du peuple et des conversations séculières, qu’il ne l’a pas trouvée non plus à réfléchir dans sa chambre à une cause mondaine ! Il l’a trouvée dans le silence, la prière et la lecture. Les icônes de l’Annonciation ne la représentent-elles pas parfois devant un livre ouvert, à l’étude, les pensées tournées vers Dieu ?
Une pieuse tradition répandue chez ceux qui méditent toujours les choses divines rapporte qu’au moment où le messager céleste s’approcha d’elle, la Toute-Sainte avait à l’esprit les paroles du prophète Isaïe citées plus haut : Voici que la Vierge sera enceinte... Elle y réfléchissait, se demandant quand et comment auraient lieu cette conception et cette naissance, inhabituelles pour la nature virginale. Informée par une révélation divine, comme il a été dit plus haut, que ce n’était pas une autre vierge mais elle-même qui serait la servante du Mystère et la Mère du Messie attendu, elle brûlait pour Dieu son Créateur de l’amour des séraphins, implorait Sa bonté d’accomplir promptement Sa promesse, et répétait sans se lasser :
- Quand donc viendra le moment tant désiré ? Quand mon Créateur inclinera-t-Il les cieux pour descendre faire Sa demeure en moi ? Quand acceptera-t-Il de prendre chair de mon sein ? Quand connaîtrai-je la béatitude d’être la Mère de mon Dieu ? Dans l’attente, mes larmes sont mon pain jour et nuit !
Comme un bref délai peut sembler long à celle dont le désir atteint une telle ferveur ! La Toute-Pure méditait et priait dans le secret de son coeur le Seigneur Sabaoth. Ses pensées s’envolaient vers Dieu, et son amour ardent montait comme une flamme...
C’est alors que le messager céleste, l’archange Gabriel, s’approcha d’elle doucement, comme le décrit Saint André : « Il entra dans la maison, s’avança vers la chambre intérieure où demeurait la Vierge, s’approcha petit à petit des portes, et, une fois à l’intérieur, s’adressa à la Vierge d’une voix douce :
- Réjouis-toi, pleine de grâces, le Seigneur est avec toi ! Celui qui était avant toi est à présent avec toi, et bientôt, sortira de toi !
Avant, c’était avant le temps, à présent, c’est dans le temps ! Ô, amour sans mesure de Dieu pour l’homme ! Ô, miséricorde ineffable ! Il ne suffisait pas que l’ange manifestât une simple joie, il fallait encore qu’il exprimât la joie du Créateur qui s’apprête à descendre dans le sein de la Vierge. Le Seigneur est avec toi ! Voilà la présence royale ouvertement manifestée ! Tout en prenant de la Vierge un corps d’homme, Dieu ne s’est en rien éloigné de Sa gloire naturelle ! Réjouis-toi, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi ! Réjouis-toi, instrument de joie, digne de tous les honneurs ! Par toi le coup porté par la triste malédiction se change en un joyeux édit d’allégresse ! Réjouis-toi, car en vérité, Tu es bénie ! Réjouis-toi, Vierge exquise ! Réjouis-toi, temple merveilleux de la gloire céleste ! Réjouis-toi, palais sanctifié du Roi ! Réjouis-toi, chambre nuptiale dans laquelle le Christ se fiance, et épouse l’humanité ! Tu es bénie entre toutes les femmes, toi qu’Isaïe a vue de ses yeux de Prophète, toi qu’il a nommée prophétesse, vierge, livre mystérieusement scellé ! Tu es bénie, en vérité, toi qu’Ezéchiel a appelée étoile du matin et porte fermée par laquelle Dieu seul est passé ! Tu es bénie, en vérité, toi que l’homme des désirs et le merveilleux Habacuc ont nommée montagne ombragée, toi que le roi David ton ancêtre a chantée comme la montagne de Dieu, la montagne fertile, la montagne féconde sur laquelle Dieu a bien voulu habiter ! Tu es bénie entre toutes les femmes, toi que Zacharie, qui contempla jadis les mystères divins, vit comme un chandelier d’or surmonté d’un vase à sept lampes : les sept dons du Saint Esprit ! Tu es bénie en vérité, car à l’instar du Paradis, tu loges en toi le Christ, nouveau jardin d’Eden, qui, dans sa puissance ineffable, jaillit de ton sein comme une rivière d’eau vive, pour abreuver la face de la terre de ses quatre sources évangéliques ! »
Entendant la salutation de l’ange, la Vierge Toute-Pure se troubla. Que pouvaient bien signifier de telles paroles ? Elle se troubla sans s’effrayer, car cette déclaration soudaine n’avait rien de vraiment nouveau. Pourquoi s’effrayer de la présence d’un ange, quand on a connu son amitié dans le Saint des Saints, quand on a reçu de ses mains sa nourriture quotidienne, comme le rapporte Saint Germain. Elle se troubla, et fut quelque peu surprise, car jamais elle ne l’avait vu avec un visage si radieux. Jamais il n’avait parlé en suscitant une telle joie, jamais il ne l’avait saluée en la plaçant dans le choeur des femmes, elle la Vierge. Elle se troubla dans sa chasteté, mais elle se montra courageuse, raisonnable et sensée.
- Que signifie une telle salutation ? Par quels mots l’ange va-t-il poursuivre son discours ? Me conduira-t-il encore dans le temple du Seigneur, m’apportera-t-il quelque nourriture céleste ? M’annoncera-t-il du nouveau de la part de Dieu ? M’enseignera-t-il comment la Vierge concevra et enfantera un Fils, à moi qui reste toujours perplexe à ce sujet ? Où va cette salutation ?
- Ne crains pas Marie ! Ne mets pas en doute la prophétie d’Isaïe ! Tu es bien la Vierge qui a obtenu la grâce de concevoir sans semence l’Emmanuel, et qui l’enfantera ineffablement, comme Il le sait Lui-même ! Tu as trouvé grâce auprès de Dieu pour tes nombreuses vertus, et surtout par les trois plus exquises : ta grande humilité, car Dieu donne sa grâce aux humbles, Lui qui a dit : « Sur qui porterai-je mon regard, si ce n’est sur le doux et sur l’humble ? »; ta pureté virginale, car Dieu qui par nature est Pureté cherche à naître d’une Vierge Toute-Pure et incorrompue; ton amour ardent pour le Seigneur qui a dit « J’aime ceux qui M’aiment et ceux qui Me cherchent me trouvent ». Tu L’as aimé, tu L’as cherché de tout ton coeur, et tu as trouvé grâce auprès de Lui. Tu enfanteras un Fils, non un simple fils, mais le Fils du Très-Haut, Dieu de Dieu engendré sans mère par le Père avant les siècles, et enfanté sans père à la fin des siècles par toi, Vierge-Mère. Le Nom de Celui que tu enfanteras est merveilleux et ineffable : tu l’appelleras Jésus c’est-à-dire Sauveur, car Il sauvera le monde entier. Son règne sera bien plus glorieux que celui de Son ancêtre David, et que tous ceux des rois de la maison de Jacob. Son Royaume ne sera pas temporel mais éternel, il ne connaîtra pas de fin dans les siècles des siècles.
- Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ?
N’allons pas penser que la Toute-Pure Vierge ait douté de ce que l’ange lui disait ! Sur Elle reposait la grâce de Dieu, Qui l’avait déjà prévenue de cet enfantement dans le temple. Ce qu’elle ignorait, c’était le comment... De quelle façon une vierge allait-elle enfanter sans avoir connu d’homme ? Contemplant cet entretien, Saint Grégoire de Nysse mit sur ses lèvres ces mots : « Ô ange ! Dis-moi comment se fera cette naissance ! Tu trouveras ensuite mon coeur prêt à accomplir la volonté de Dieu ! Je désire porter ce Fruit, mais sans que ma virginité n’en prenne ombrage ! »
Saint Ambroise aussi comprit qu’Elle interrogeait l’ange sur le comment de cet événement indicible, Elle qui connaissait pour les avoir lues les paroles prophétiques d’Isaïe.
Alors l’ange répondit et expliqua comment ce ferait la conception : non selon la loi de la nature, non selon la manière habituelle chez les hommes, mais d’une façon surnaturelle, car quand Dieu le veut, l’ordre naturel est vaincu. Ce serait une conception effectuée par l’Esprit Saint ! L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre, Il accomplira en toi l’inconcevable ! Lui qui a pu créer Adam-le-vivant de la terre sans vie, comment ne pourrait-Il pas tirer un Enfant vivant d’une Vierge vivante ? S’il était facile à Dieu de faire apparaître une femme de la côte d’Adam, ne Lui sera-t-il pas plus facile encore de faire apparaître un homme dans le sein d’une Vierge ? L’Esprit Saint agira en toi, ô Vierge Toute-Sainte, et dans la chair de tes chastes entrailles se formera sans semence la chair du Verbe Incorporel de Dieu. Le Seigneur passera par toi, porte scellée par la pureté et gardée par la virginité, comme un rayon de soleil franchit le verre ou le cristal. Il te sanctifiera et t’éclairera de Sa gloire divine, afin que tu sois véritablement la Mère de Dieu, celle qui enfantera le Dieu parfait et l’homme parfait, qui demeurera vierge et incorrompue avant, pendant et après la naissance. Voilà ce que la puissance du Très-Haut accomplira en toi par la venue de l’Esprit Saint !
Dieu a déjà montré un signe authentique : ta parente Elisabeth, stérile depuis son plus jeune âge et chargée d’années, a conçu un fils, car Dieu l’a voulu ainsi, Lui qui rend l’impossible possible ! Il est inconcevable chez les hommes qu’une vierge incorrompue et sans mari conçoive, et qu’une vieille femme stérile puisse enfanter, mais pour le Créateur Tout-Puissant, tout est possible ! Qu’y a-t-il de trop merveilleux pour Dieu ? Une vieille femme stérile a conçu, et toi, bien que vierge, tu concevras aussi !
Ayant entendu la bonne nouvelle de l’ange, la Toute-Pure accepta la volonté du Seigneur avec profonde humilité. Le coeur plein d’amour pour Dieu, elle répondit : Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole !
Et aussitôt, l’Esprit Saint opéra dans les saintes entrailles la conception ineffable ! Le plaisir charnel n’eut aucune part dans cet événement indicible, mais le plaisir spirituel surgit en force. Le coeur virginal fondit sous le désir divin. L’esprit de la Toute-Pure brûla de l’amour enflammé des séraphins, comme s’il quittait sa personne pour s’absorber en Dieu par amour de Lui, et se réjouir indiciblement ! C’est dans l’amour spirituel de Dieu, dans la jouissance occasionnée par la vision spirituelle du Créateur, que fut conçu le Fils de Dieu, que le Verbe assuma la chair, et prit place parmi nous par l’Incarnation !
Après avoir annoncé la bonne nouvelle, selon le commandement de Dieu, et salué avec crainte et révérence, tant le Dieu qui s’incarnait, que le sein virginal de celle qui L’incarnait, l’ange retourna près du trône du Seigneur Sabaoth pour louer le Mystère de l’Incarnation avec toutes les puissances célestes dans une joie ineffable, pour les siècles des siècles. Amen.

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1 commentaire:

Métanie a dit…

C'est magnifique et très instructif!
Merci beaucoup pour ce texte très beau qui m'a beaucoup appris.